Calibre library
home

Calibre library

Ma mère
Richard Ford

Couverture

Ma mère

Résumé

Étiquettes: Lang:fr

Résumé:





« Ma mère s’appelait Edna Akin, elle est née en 1910 ». L’incipit est à l’image de ce court récit de Richard Ford : incisif, minimaliste. Deux éléments ancrent le texte dans la biographie, dans la certitude : le nom, la date. La suite de la phrase vient brouiller les faits et déporter la biographie dans le flou de la fiction, du « quelque peu romanesque » :

« Ma mère s’appelait Edna Akin, elle est née en 1910, quelque part dans le nord-ouest de l’Arkansas – le comté de Benton –, en un lieu dont je n’ai jamais su l’emplacement exact ».





Le passé est ici un lieu inconnu, en ce sens l’espace à parcourir par un texte posant le paradoxe fondateur de la filiation : relier « à une chose que nous ne sommes pas, mais qu’ils [les parents] sont ». Ecrire sur sa mère est un « acte d’amour », explicite, avoué, mais aussi une entreprise littéraire, pudique, intense. L’écriture est vécue comme un défi, une recherche. Celle d’un secret, lié aux peu de mots révélés par les parents de leur vivant. La mère parle peu, juge de nombreux faits « inracontables », « indignes » de toute évocation, le fils se sentirait un « intrus » à poser des questions précises, le père est mort en 1960.


Le récit se construit donc sur l’incomplétude, l’ignorance, pièce par pièce : « la vie de ma mère, je ne peux que l’assembler comme un puzzle ». Richard Ford comprend ainsi que sa mère a mené plusieurs vies, découpées en « brèves périodes », il reconstitue peu à peu une personnalité construite sur le secret, des bribes de récits et une immense absence, celle du père, mort alors que l’auteur avait 16 ans. Tout semble trouver un sens à partir de la révélation à 7-8 ans que sa mère a une « existence publique », une vie en dehors de lui et de la maison, qu’elle est « une ravissante brune d’un mètre soixante-cinq ». C’est un itinéraire qui se donne à lire, celui des parents, nomades, celui de la découverte, de la volonté de percer un secret, un cheminement dans et par l’écriture de la mère.

Le récit est un trop plein d’amour et un manque fondamental, une histoire autre, « j’ai essayé d’inclure tous ces souvenirs dans mes romans. J’ai écrit tout cela et je l’ai oublié. J’ai raconté des histoires. Mais il y a d’autres souvenirs, toute une vie au passé ». Ce passé que Richard Ford recompose, cette vie aux côtés de sa mère, la séparation liée à l’âge adulte, les douleurs, la maladie, l’amour immense malgré les incompréhensions mutuelles. Sa mère qui observe ses « efforts pour devenir écrivain, sans les comprendre vraiment ».

L’incomplétude demeure, le vide, pendant la vie de la mère, après sa mort : « quelque chose qui tient à l’essence de la vie ne se dit pas clairement à travers ces mots. Il n’y a pas assez de mots. Il n’y a pas assez d’événements. Il n’y a pas assez de mémoire pour rendre une vie de manière fidèle et exacte ». ( Something, some essence of life, is not coming clear through these words. There are not words enough. There is not memory enough to give a life back and have it be right, exact.)

Entre roman et fiction se construit un sublime portrait de femme, de mère. En un texte bouleversant dans sa brièveté, sa densité, sa pudeur. Ma mère a la beauté des points de suspension, entre amour et douleur, manque et désir de dire, de comprendre, de connaître.